avec

Stéphanie de Bussierre

Par le « Journal du Japon » :

Journal du Japon : Pouvez-vous présenter le parcours qui vous a mené à la maison d’édition Akinomé ?
Stéphanie de Bussierre : Je suis une ancienne éditrice du groupe Humensis. J’ai passé la plus grande partie de ma carrière chez Herscher (beaux livres) puis Belin (livres scolaires de géographie). En 2015, j’ai quitté le groupe et j’ai créé Akinomé, spécialisée dans le domaine des carnets de voyage, de la jeunesse et la cuisine bio. Avec une prédilection affichée pour l’Asie, comme lieu d’encrage. Et une passion pour le Japon.
 
Quand et comment avez-vous rencontré le Japon (cinéma, littérature, « en vrai » lors d’un voyage) ?
Tout est arrivé grâce à ma mère, disparue en 2005. Elle est née au Japon, près de Tokyo, à Karuizawa. Une jolie petite ville en altitude, sur les contreforts des Alpes japonaises, là où les Tokyoïtes prennent leurs quartiers d’été pour fuir la chaleur. La première fois que je suis allée au Japon en 2011 j’ai visité ce lieu de villégiature, où l’on admire les immenses cèdres du Japon, dans une quiétude absolue. Et j’ai pensé à ma grand-mère qui avait mis au monde sa troisième fille, là, en 1940. J’avais le cœur serré.
 
Qu’est-ce qui vous fascine le plus au Japon ? 
Je pense que mon admiration pour le Japon est venue de ma grand-mère qui a vécu là-bas comme expatriée et a conservé toute sa vie un goût immense pour la culture japonaise. Comme elle, je suis éblouie par le raffinement visible partout : d’un simple ustensile de cuisine en bois pour râper le gingembre à l’art de l’ukiyo-e qui me comble d’émotion. Il y a à peine 4 semaines que je suis rentrée de mon 6e voyage au Japon, j’y pense encore avec la gorge serrée : je suis passée entre les gouttes… Cette fois-ci j’ai voulu voir les grues sur la neige, et Hokkaido en hiver nous a comblés de bonheur, Emmanuel et moi.
 
Collection de tasses japonaises de Stéphanie de Bussierre, fondactrice des éditions AkinoméEnsuite, j’ai passé deux semaines dans les préfectures d’Oita et de Saga (Kyushu) à la recherche des villages de potiers. Et j’avoue qu’en visitant Onta, Arita, Okawachiyama etc. je reste à chaque fois stupéfaite par la beauté de ce matériau si pur et si naturel. C’est l’union parfaite de l’homme et de la nature. Quelle diversité du design, des couleurs, des matières. Je suis devenue une vraie collectionneuse de tasses à thé…
 
Pourquoi une maison d’édition dédiée aux voyages et à l’Asie ?
Tout simplement car je suis très attachée à l’Asie depuis mes études de géographie (spécialité de ma licence).
La vie est faite de circonstances et de convergences… J’ai rencontré Simon (auteur de Voyages d’encre – Carnets de Chine) au bon moment et son livre, doublement primé, a été le point de départ d’Akinomé.
 
Il existe beaucoup de carnets de voyage, comment les choisissez-vous, comment vous distinguez-vous des autres maisons qui en proposent ?
J’ai toujours aimé éditer des beaux livres. Et je suis à la fois passionnée par les beaux arts et par l’écriture de voyage. Les deux combinés constituent le carnet de voyage, et ce qui m’intéresse c’est ajouter ma pierre à l’édifice en mélangeant les ingrédients et en les sublimant. Mon travail se situe aux antipodes du fac-similé ! Je me distingue peut-être parce que je suis quasiment la seule femme dans le petit milieu fermé des éditeurs de voyage. Ensuite, je cherche toujours à établir un fil rouge qui ait du sens. Mon slogan c’est « Akinomé, éditeur passionné de voyage et d’écologie« . Tous mes livres ont un lien avec les enjeux environnementaux, le voyage aujourd’hui n’est plus un bien de consommation comme un autre, la planète a besoin de nous pour la protéger. Et la crise sanitaire que nous vivons actuellement résonne chez moi comme une alerte de la Nature.
 
À l’heure où tout le monde partage ses voyages sur les réseaux sociaux, qui sont vos lecteurs, que voulez-vous leur transmettre ?
Nous faisons beaucoup de salons du livre avec Emmanuel, et souvent Simon, qui nous accompagne pour dédicacer ses livres. J’aime beaucoup les rencontres que nous faisons avec nos lecteurs. Des baroudeurs qui prennent le temps, qui ont un regard différent sur le voyage, une attitude moins consommatrice. J’ai envie de continuer à publier des livres pour faire découvrir l’oeuvre de nombreux auteurs de carnets de voyage. Pour moi, ce sont de vrais artistes et souvent des écrivains hors pair qui font vibrer. Les carnets de voyage ont une âme et le voyage dessiné est la meilleure façon de découvrir un pays.
 

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