en tete
n° 5 - fév. 19
Entretien
E.Sarner-leger copie

Avec Eric Sarner



Poète, auteur de Regarde par la fenêtre.

Écrire un récit d’amour en voyage, était-ce excitant littérairement ?
C’était excitant oui, et impressionnant à la fois : je répondrais simplement que j’ai l’habitude de voyager seul et de raconter mes rencontres et trajets à la première personne. Dans l’idée d’un récit d’amour en voyage, il s’agit de traiter un « nous », ou un « elle et moi » qui vient créer une double perception, un nouveau dialogue, une polyphonie… littérairement c’est cela qui a été palpitant et délicat en même temps.
Vous entretenez le trouble de l’identité entre l’auteur et le héros (écrivain aussi, demeurant à Montevideo comme vous l’avez fait) du livre. Est-ce là un ressort romanesque ?
C’est vrai. C’est comme si le héros était une projection de l’auteur, une sorte d’hologramme. Ce que vous nommez ressort romanesque c’est la mystérieuse machinerie qui rend possible l’hologramme. Dans un hologramme l’image est suspendue en l’air, le trouble est là aussi !

Le personnage d’Adriana, femme blessée par un « amour disparu en mer » est intriguant, attachant, fort ; c’est une image de la Femme Amérique dont vous parlez ?
Oui, dès le début j’ai ressenti le personnage ainsi : une personne et un personnage emblématique d’un contexte général : une figure qui rend compte aussi d’une histoire collective. La vie d’Adriana (péripéties, ressenti, réactions) comporte des éléments qui sont propres à l’Amérique latine : la vulnérabilité et la résilience, entre autres.
Votre livre est un voyage amoureux, mais avant tout le voyage d’un curieux ; chemin faisant, vous convoquez les figures du passé et les rencontres vécues, Lucia, Supervielle, Antonio Carlos Jobim, Barbara des Plaisirs, Pierre Verger… Le voyage, c’est le mouvement vers les autres ?
Le mouvement effectivement est la chose capitale. Il s’agit d’aller voir, de se rapprocher. Il y a cette idée que l’on trouve chez les poètes et aussi chez les mystiques que : le but c’est le chemin lui-même. En route, on rencontre forcément l’histoire et ses personnages, on s’arrête ici, là, aux lieux, moments et figures qui vous touchent, on fait des sauts et des associations, on imagine et on s’éprouve.
Les poèmes ont été écrits pendant le périple ?
Certains oui, par exemple celui qui commence par « Regarde par la fenêtre » (c’est d’ailleurs Stéphanie de Bussierre, sensible à la poésie, qui a suggéré ce vers comme titre du livre). D’autres poèmes sont des moments rapportés qui ont spontanément réapparu dans le courant de l’écriture parce que sans doute ils trouvaient là une nouvelle place, un nouvel espace légitime !
Quels sont pour vous les récits de voyage qui ont compté, vous ont influencé ?
D’une façon générale, j’aime bien changer d’univers. J’apprécie dans mes lectures les changements de cadres culturels mais aussi les variations de perspectives et de tons. Si bien que je citerais volontiers les aventures de Chatwin en Australie (Le Chant des pistes) aussi bien que les récits africains, plus journalistiques, de Ryszard Kapuściński ou même – et là, certains discuteront ce choix d’un livre qui n’est pas d’habitude rattaché au genre du récit de voyage – les Notes de chevet de Sei Shnoagon, une dame d’honneur à la cour impériale du Japon vers l’an 1000 dans lesquelles, presque sans bouger, l’auteur raconte son monde avec une précision et un charme inégalables.
Focus
Regarde-couv

Regarde par la fenêtre


De Eric Sarner.

19,80 €
264 pages

« J’ai envie de rire avec toi ! Et voyager aussi… » dit le personnage de ce road novel qui nous balade de Montevideo jusqu’en Patagonie. L’amoureuse virtuelle, rencontrée sur la toile, ne reste pas une muse abstraite ; elle devient la compagne de voyage de cet envoûtant périple sud-américain. Le récit de voyage flirte subtilement avec le romanesque : « Réel et merveilleux entrelacés », glisse l’auteur.

Il est écrivain, elle est photographe, elle le guide, il raconte, les rencontres se multiplient, les vivants et les morts, Augusto le libraire exilé ou Chatwin l’écrivain voyageur, ils traversent le Brésil, l’Argentine, elle l’inspire. A Ipanema :

Regarde par la fenêtre
Le sable touche
Presque ta nuque
Vois les éclats d’or (…)

La route est donc ponctuée d’instants poétiques : une aubaine rare dans les récits de voyage. Michaux, dans Ecuador, avait tranché son récit de poignants poèmes. Ici, la légèreté est à l’œuvre, poudrée de sensuelles échappées et d’un mémorable poème de boxe. Regarde par la fenêtre est le deuxième opus de la collection littéraire « Les Cœurs vagabonds. » C’est bien d’un amour voyageur qu’il est question, selon le souhait du directeur de collection : « donner voix à l’art de la fugue à deux ». Cette fugue culmine en Patagonie, espace de légende auquel Eric Sarner verse son tribut d’écrivain : « Nous croyons reprendre la route et c’est elle qui nous reprend. Un vertige horizontal. » La fin du livre, un brutal retour au trivial, sera sauvé par la poésie :

« Le monde est aussi grand que toi
Et le voilà qui s’ouvre »
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Akinomé vous souhaite une joyeuse fête des amoureux !

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Du 14 au 17 février 2019.

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Article sur Angkor, le sourire du temps de Simon dans le magazine Mémoire des arts paru en janvier 2019, écrit par Alain Vollerin : cliquez sur l'image
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